Dans notre billet sur le souffle comme pont entre le corps et l’esprit, j’ai promis de revenir plus en profondeur sur une approche qui a marqué mon propre chemin : le breathwork tel que l’enseigne Dan Brulé. Aujourd’hui, j’aimerais partager ce qui, dans son approche, m’a le plus transformé — et pourquoi je considère que respirer, au sens plein du terme, c’est littéralement respirer la vie.
Une phrase qui change tout
Dan Brulé résume sa pratique par une idée simple mais qui a profondément déplacé ma compréhension du souffle : la façon dont on respire, c’est la façon dont on vit. Ce n’est pas une métaphore poétique — c’est une observation directe. Une respiration courte, retenue, superficielle accompagne presque toujours un état de vie contracté, sur ses gardes, en résistance. Une respiration ample, libre, pleine accompagne un état de vie ouvert, confiant, disponible.
Ce que Brulé propose, ce n’est donc pas seulement une technique de relaxation, mais un véritable outil de transformation : en changeant délibérément sa manière de respirer, on peut littéralement changer sa manière d’habiter sa vie.
Le souffle connecté, une respiration sans pause
L’une des pratiques centrales du breathwork selon Brulé est ce qu’on appelle la respiration connectée — une respiration continue, sans pause entre l’inspiration et l’expiration, où chaque souffle s’enchaîne au suivant sans interruption. Contrairement à la respiration ordinaire, souvent ponctuée de petites retenues inconscientes, la respiration connectée crée un flux ininterrompu d’énergie à travers le corps.
La première fois que j’ai pratiqué cette technique, j’ai été frappé par ce qui remontait à la surface : des tensions logées depuis des années, des émotions que je n’avais jamais pris le temps de traverser pleinement, cachées derrière l’agitation constante de mon ancienne vie de cuisine. Le souffle connecté ne les a pas fait disparaître par magie — mais il a créé un espace où elles pouvaient enfin circuler, plutôt que de rester figées.
Pourquoi tant de tension se loge dans une respiration incomplète
Ce que j’ai compris en pratiquant cette approche, c’est à quel point on apprend, souvent très jeune, à retenir son souffle face à ce qui est inconfortable. Une émotion difficile, un stress soudain, une douleur — le réflexe le plus commun est de couper légèrement la respiration, comme pour se protéger. Répété des milliers de fois sur des années, ce réflexe devient une habitude corporelle profondément ancrée : on respire à moitié, sans même s’en rendre compte, une grande partie de la journée.
Le breathwork révèle cette habitude, et surtout, offre un chemin concret pour la défaire, doucement, sans forcer. On ne combat pas la tension — on lui offre simplement l’espace de se dénouer, respiration après respiration.
Une pratique accessible, pas réservée aux initiés
Je veux insister sur un point : la respiration connectée n’exige aucun équipement, aucune formation longue pour en ressentir les premiers effets. Voici une version simple, que je pratique régulièrement et que je recommande à toute personne curieuse de commencer :
Installez-vous couché ou assis confortablement, dans un endroit où vous ne serez pas dérangé pendant dix à quinze minutes. Respirez par le nez ou la bouche, selon ce qui vous semble le plus naturel, en reliant consciemment l’inspiration à l’expiration, sans pause entre les deux. Laissez le rythme s’accélérer légèrement, sans forcer, en gardant l’attention sur cette continuité du souffle. Après quelques minutes, laissez la respiration revenir doucement à son rythme naturel, et accordez-vous un moment d’immobilité silencieuse avant de vous relever.
Cette pratique peut, chez certaines personnes, faire remonter des émotions inattendues — c’est normal et fait partie du processus. Si une émotion forte se présente, il suffit de continuer à respirer et de la laisser traverser, sans chercher à l’analyser sur le moment.
Une invitation à la prudence et à l’écoute de soi
Le breathwork intensif, comme toute pratique qui touche profondément le système nerveux, mérite d’être abordé avec discernement. Je recommande toujours de commencer doucement, de rester à l’écoute de son corps, et si des émotions ou sensations intenses se présentent de façon récurrente, de considérer un accompagnement par une personne formée à ces pratiques — ce que je propose moi-même dans mon travail d’accompagnement.
Ce n’est pas un exercice à performer ni à pousser au-delà de son confort. C’est, comme tout le reste de ce que je partage ici, un jardinage progressif — on avance à son rythme, pas celui d’un idéal extérieur.
Respirer la vie, pas seulement de l’air
Ce qui me touche le plus profondément dans l’enseignement de Dan Brulé, c’est cette idée que respirer pleinement, ce n’est pas seulement faire entrer de l’oxygène dans les poumons — c’est faire entrer la vie elle-même. Une respiration pleine, libre, sans retenue, est une manière concrète de dire oui à ce qui vient, plutôt que de se contracter par anticipation contre ce qui pourrait arriver.
Dans mon propre parcours, cette pratique a été l’un des outils les plus directs pour sortir du mode de survie où m’avaient placé des années de haute cuisine — un mode où l’on retient constamment son souffle sans le savoir, prêt à encaisser le prochain coup de feu. Réapprendre à respirer pleinement, c’est réapprendre à faire confiance à la vie elle-même.
La semaine prochaine, nous continuerons dans le pilier de la conscience, en explorant comment on remonte, concrètement, depuis des états comme la honte ou la peur, vers des états plus ouverts. Vous verrez que le souffle, une fois de plus, y jouera un rôle central.
— François

